Ce manifeste  m’est propre et expose des idées personnelles qui structurent ma démarche. Mais c’est également une source à laquelle on peut puiser car ce manifeste «Pour un French Touch du kinbaku » peut amener votre adhésion ou non, en tout ou parties Ainsi   je pense que cela peut être un bon point de départ de discussion si, comme moi, vous menez une réflexion sur le kinbaku et sa pratique. Cette version n’est pas définitive, c’est un premier jet qui sera abondé aux fils de mes cogitations et expériences.

 

Manifeste
Pour une French Touch du Kinbaku

C’est incroyable le nombre de personnes qui essayent d’exister à travers le Kinbaku ! On pend une andouille mal fagotée ou bien on ficelle comme une paupiette une pauvre fille au fond de son garage ou de son jardin on prend une photo approximative et on se bombarde illico Sensei-truc ou Maitre-machin ! ! ! Ou mieux Artiste ! Sans se rendre compte que l’on participe à la « crétinisation des foules » qui applaudissent. Tout çà pour gonfler un ego sans consistance qui ravale le Kinbaku à une pratique de cirque.
Après vas expliquer à une personne qui découvre le Kinbaku que c’est un Art ! …Et pas simplement un moyen de se tirer la nouille !

C’est de cette réflexion autour d’un verre en compagnie de soi disant Maîtres et d’une néophyte qui me conduit ici à préciser ma démarche et ce qu’est, à mes yeux, la pratique du kinbaku.

- Pour en finir avec le lien Kinbaku - BDSM
Et avant toutes choses bien préciser que je compose avec les codes du Kinbaku et non l’inverse, un pratiquant du shibari qui comme dit plus haut se prend pour un artiste.Si on étudie bien la genèse de la popularisation du Kinbaku Ito Seiu,et C. F. Jeandel sont bien des artistes qui s’approprient la pratique du shibari et du bondage pour en faire un art. Mais cette pratique existait bien avant eux.
Il n’y a pas de maîtres originels et identifiés qui ont transmis leur savoir Et c’est pour cette raison qu’il n’y a pas de «maître » de Kinbaku à proprement parlé. Le point de départ nous l’avons vu est une pratique martiale le hojojutsu. Et le génie de l’esprit japonais, connu pour sa méthodologie méticuleuse, à été de répertorier et codifier les actes de cette discipline.
Comme le hojojutsu est une technique de contrainte corporelle il n’en faut pas bien plus pour que s’en emparent rapidement les adeptes du sadomasochisme ou du BDSM (Acrostiche approximatif de  Bondage, Discipline. Sado-Masochisme)
Et nous touchons ici à la confusion entre Maître (dominateur) et Maître (enseignant). Une confusion subtilement entretenue tant s’imbrique le monde S.M. et celui du Kinbaku. A notre connaissance et suivant la hiérarchie propre au milieu le seul endroit où on peut trouver des Maîtres du Kinbaku, c’est le Japon, et ils sont forcément issus du hojojutsu. Toute autre généalogie ou auto-proclamation est à prendre avec la plus grande circonspection  car encore une fois ne faisons pas la confusion entre Maître et maître, cela peut conduire à de dramatiques désillusions, le premier vous élève, l’autre vous avilie. Pour éviter cela c’est simple vous pourrez souvent vous rappeler le bon vieil adage.
«  Ce qu’on sait faire, on le fait ! Ce qu’on ne sait pas faire… On l’enseigne ! »

- Shibari et Kinbaku
Quelle est la différence entre le shibari et le kinbaku ?
Je vais trancher net et sans discours. Me l’appliquant comme un axiome de ma démarche.
- Le shibari est une technique
- Le Kinbaku est un Art
C’est un peu radical, mais cela permet de poser des bases solides qui peuvent permettre de bâtir une approche correcte de cet Art, et d’écarter tout ce qui est pendage d’andouilles.
Corollaires suivant de cet axiome :

- Le shibari peut s’enseigner ! Comme n’importe qu’elles autres techniques mécaniques ! . Vous trouverez facilement nombre de stage, de sessions, à des niveaux de compétence plus ou moins variables plus fait dans l’esprit de vulgarisation que d’élévation de vos compétences. Le must étant d’apprendre dans l’esprit du hojojutsu avec un enseignant issu d’un koryu (école d’art martial traditionnelle).

- Le Kinbaku par contre lui ne s’enseigne pas ! C’est un art ! Il se transmet d’esprit à esprit « i shin den shin ». La communication est souvent non verbale. Le maître pratique, l’élève assiste. Le discours est minimal, si l’aspirant le mérite il n’y en a pas besoin. La communication se fait «naturellement ». La transmission se déroule entre deux ou trois personnes (rarement plus). Ici la relation est privilégiée, il n’y a pas d’observateurs extérieurs hormis, parfois, un postulant éventuel trié sur le volet. Et la seule trace qu’il y aura de la performance est émotionnelle.
Ne chercher pas la publicité de ces événements. Il n'y en a pas !

Vous voulez vous initier au Kinbaku ? Commencez par observer longuement ce qui se fait autour de vous. Puis tournez votre regard vers l’intérieur et considérez ce que vous cherchez vraiment dans le Kinbaku. Car, au grand jamais, le Kinbaku ne sera un palliatif à une misère sensuelle ou sexuelle. Quand le moment sera venu vous trouverez votre Maître, ne lui faites pas perdre son temps ! Ne vous présentez pas en dilettante curieux.
« Lorsque l’élève est prêt, le Maître est là».

Nornes

- La corde du destin
En Kinbaku, la corde ne comporte que deux nœuds fermés; ceux de chaque extrémités. Entre les deux, une corde qui, a mes yeux, représente le fil de la vie et donc du destin que tissent les trois Nornes de la mythologie nordique ( Les Moires grecques ou les Parques romaines).
Dans ma vision ces deux nœuds représentent indistinctement la naissance et la mort, le début de la corde et sa fin. Ente les deux les méandres inextricables du destin de chacun. Les artistes celtes représentaient cette destinée  par des tresses sophistiquées dont les plus fameux exemples sont dans le livre de Kells.
Pour moi il y a une similitude entre les lignes qui se lovent et s’entrecroisent autour des textes du livre et les méandres que forme la corde du Kinbaku sur le corps.

Le corps reste le chapitre principal de l’œuvre, les cordes en sont les enluminures.

Le sacré et le profane.
Une séance de Kinbaku se doit d’être une véritable cérémonie. Et il y a une incontestable particularité dans cette célébration du Kinbaku ! Ici le sujet et à la fois séide et offrande. A un haut niveau de pratique, le corps du sujet devient sacré par la pratique du kinbaku, par l’imposition des cordes. Je ne peux manquer de faire la parallèle avec le rituel shintô des shimenawa.
Ainsi on comprend mieux l’attirance sadomasochiste vers ces figures sacrées.  Le SM dont le summum de la rhétorique est justement la transgression de la pureté et du sacré.
Je découvre ainsi le fossé incommensurable qui sépare le Kinbaku des pratiques SM.
Il y a pourtant une mince passerelle entre les deux, extrêmement subtile. Tous deux se veulent conduire à l’extase. Je me garderais bien de comparer la qualité des extases ainsi obtenues. Mais vous aurez compris à la lecture de ce manifeste laquelle à ma préférence.

Simplicité et pureté.
Je donne ici un aperçu de mes idées sur ce que je crois être les «bonnes pratiques » de l’art du Kinbaku . Elles ne sont pas exposées d’une façon exhaustive, mais elles vous donneront les clés  principales de mes compositions.
 
Une œuvre maîtrisée est le résultat du meilleur résultat possible en un minimum d’effort possible !
Et donc je m’efforce d’y rechercher simplicité et pureté.
- Les cordes : j’utilise des cordes de chanvre de façon presque exclusive. Elles prennent avec le temps (et leur utilisation) une patine incomparable et une souplesse appréciée par le Sujet. De plus elles gardent en toutes circonstances un parfum de foin coupé caractéristique que j’apprécie beaucoup.
- Les nœuds : Jamais de nœuds ! La seule façon d’arrêter la corde est le coincement. La corde doit pouvoir être dénouée d’une seule main et rapidement surtout pour les suspensions. Le coincement de corde est une technique bien connue des alpinistes. Aujourd’hui on utilise des «nuts », mais d’origine il s’agissait de nœuds réalisés avec la corde. Il m’est même arrivé d’utiliser le "nœud de Prusik" un nœud auto-bloquant tout à fait magique, indispensable dans le réglage des suspensions un peu délicates(Cf. Première Neige). Mais à titre personnel et pour pour l’esthétisme, j’ai transposé certains croisement et  coincement des cordes par le tressage à la manière des entrelacs celtes.
Gardons à l’esprit que les deux seuls nœuds de bon aloi sont ceux des bouts de cordes qui justement permettent de consolider le coincement final
- Le corps du Sujet :Le sujet se doit d’être entièrement nu et s’il y a des vêtements ceux-ci doivent entrer dans la composition de l’œuvre, y avoir un rapport ou raconter une histoire. J’avoue mon faible pour la soie précieuse qui s’impose par contraste avec la rusticité du chanvre. Et, pour trancher avec les douces nuances du chanvre, ils peuvent être de couleurs vives et saturées.
- Les décors : Le lieu où est exposé et pratiqué  la performance a, pour moi, beaucoup d’importance. Il doit être en rapport avec celle-ci et doit contribuer à l’équilibre de la composition. Un peu à la manière de l’Ikebana où l’arrangement floral est magnifié par des apports extérieurs (galets, pots...)
Peut-on imaginer réaliser une figure de Kinbaku, sans porter injure au Sujet, dans le fond d’un garage ou sur le tatami d’une salle de sport sentant la sueur et le caoutchouc ?
- Les accessoires : Je privilégie uniquement les accessoires naturels et historiquement proches de la pratique du Kinbaku, Le bambou, la toile de lin,...
Je reste attentif a la possibilité de modernité, mais je n’utilise surtout pas d’objets métalliques, potence, anneau et encore moins, comme je l’ai déjà vu, de mousqueton d’alpinisme.
- La lumière : La lumière est un point crucial. C’est la cerise sur le gâteau ! Elle va magnifier la composition de façon magistrale.
J’ouvre ici une petite parenthèse ;
Je ne suis pas photographe ! Je suis un artiste qui prend ses compositions  en photo. La nuance peut vous paraître mince mais elle ne l’est pas du tout.
Une fois la composition achevée, je pourrai m’asseoir rester en contemplation, entrer dans un état proche de la méditation.Comme devant une oeuvre d'art. Cela m’est déjà arrivé et je suis profondément convaincu qu’il s’agit d’une des voies cachées du Kinbaku qui mène à une sérénité particulière…
Mais l’envie de partager ces moments si intenses me conduisent à réaliser ces clichés. Et il est important à mes yeux qu’ils soient le plus proche de ce que j’ai voulu rendre par cette composition. Ici la lumière de l'heure a son importance !
Fin de la parenthèse.
En extérieur je n’apprendrais pas au photographe que les meilleures lumières sont en début et fin de journée… Mais on a pas toujours le choix !
En intérieur je n’utilise pas de flash. Je préfère un lumière tungstène, très chaude. les temps de pose sont un peu plus longs... Mais enfin, si le sujet est correctement attachée, elle ne va pas se sauver pendant la photo…De plus, j'adore leur dire "Ne bougeons plus !!!"

De la beauté en Kinbaku
J’aime l’idée selon laquelle le corps du sujet est la page, l’histoire, et que les cordes qui rythment ses volumes en sont les enluminures.

Je suis un enlumineur !
A l’instar des enlumineurs du Livre de Kells, j’œuvre pour que le texte et donc le corps reste lisible tout en l’abondant, soulignant l’émotion et éclairant son âme. l’enluminure se doit d’être sobre mais puissamment évocatrice en accord avec le thème décrit par le texte, et donc jamais " hors-sujet "

- La beauté naît de la symétrie: Grâce et symétrie.
le corps est harmonieusement symétrique car né de la symétrie; Il suffit d’observer les délicats entrelacs des brins d’ADN dont nous sommes issus. Deux cordes qui lient et gardent les secrets de nos êtres.
Mais cette beauté des proportions ne serait que froideur et rigidité si on n’y mariait pas la grâce intangible qui nous anime. Je me permets ici de citer Félibien (1619-1695) dont on peut louer la modernité et dont, à mon sens, on ne peut se passer d’appliquer à la pratique du Kinbaku.
"C'est que la beauté naît de la proportion et de la symétrie qui se rencontre entre les parties corporelles et matérielles. Et la grâce s'engendre de l'uniformité des mouvements intérieurs causés par les affections et les sentiments de l'âme. Ainsi quand il n'y a qu'une symétrie des parties corporelles les unes avec les autres, la beauté qui en résulte est une beauté sans grâce. Mais lorsque à cette belle proportion on voit encore un rapport et une harmonie de tous les mouvements intérieurs, qui non seulement s'unissent avec les autres parties du corps, mais qui les animent et les font agir avec un certain accord et une cadence très juste et très uniforme, alors il s'en engendre cette grâce que l'on admire dans les personnes les plus accomplies et sans laquelle la plus belle proportion des membres n'est point dans sa dernière perfection "
(André Félibien, Entretiens…, 1er entretien, Les Belles Lettres, p. 120-121).

... à suivre.